vendredi 20 mars 2015

Paysâges


Géopoétique d’une évidence
de pays couraillé
Géoérotique de rivières
qui mouillent tes petites culottes
le nomos pis le topos
qui fouraillent dans ma yeule
que je te donne gratiss
dans tes oreilles qui dansent

parce qu’il n’y a de vrai que ce que j’ai foulé
touché de mes mains
que ce que j’ai goûté
l’eau des érables de Masham
et la cyprine des filles que j’ai connues

hommage aux bernaches
câlleuses de vie
qui dansent-cochonnes dans le ciel
d’un grand V impudique à la vue de tous
qui cri-de-jouissance
migrantes-pondeuses
nuptialité nordique
ébats de toundra du lichen plein la pense
repus de fonte des neiges

hommage à la roche
porteuse de vie
depuis l’archéen qui les a vu naître
rhyax spérma
coulée de lave et de semence
durcies pour la promesse du monde
précambrien toute d’un bloc
qui se pli en appalaches
qui s’étend en basses-terres grasses
sautille en bouclier
et colline de chez-nous
gneiss métamorphique
et glaise protérozoïque

hommage aux rivières
charrieuses de vie

hommage au bois deboutte

hommage à la glace

 
19-20 mars 2015

jeudi 22 janvier 2015

Skidoo

skidoo d’amour
skidoo mononc
skidoo beau-frère
skidoo père/fils
     skidoo part pas

chauffe la truie
chauffe le shak
chauffe les torches
     chauffe le cœur

mécanique intergénérationnelle
ratchet savoir faire
soket qui observe
transmission et gaz mixé

histoires de trails d’avant l’asphalte
récits de fondation d’un monde qui perdure
parce qu’on l’écoute assis sur des caisses à lait
clutch pour shifter
dans ton ventre
poulie et strape à faire tourner le bon timing

clés anglaises
et mesures impériales
en pouces pis en pieds
dans nos mains
à notre main
deboute sur nos pieds
à notre mesure
nos propres mètres

une goute de gaz dans l’carb
la mécanique du cœur a opéré
le lac est gelé
pis les trails sont pas battues

on s’ra jamais battus
parce libres comme des skiddo
parce tight comme des poulies

On étaient beaux et saouls

On étaient beaux et saouls
les deux devant l’poèle à bois
tout seuls avec nous même
pour seul public

à s’inventer dans l’entrelac
mutuel de nos misères
de coeur
de cul
pis de classe

à se lire
se dire
se r’dire
pis rire aux éclats
à rêver de tout casser
pour se r’faire

parce qu’esti qu’la poésie est plate
à part la nôtre
parce qu’esti qu’la politique est mal faite
par les autres

On étaient beaux et saouls
les deux devant l’poèle à bois
tout seuls avec nous même
pour seul modèle

on étaient beaux et saouls
pis un peu arrogants

pour Alex, auto-fondé en éclats de rire, dit LeLièvre

vendredi 5 décembre 2014

Le triomphe du Vaisseau d’Or

Le bateau pointe su’l fleuve
le Vaisseau d’Or est pas mort
y remonte pour aller annoncer la victoire des émeutiers couleurés

l’ennuie vas fendre sur les côtés
pis nous autres on vas attaquer
en fessant d’in fendures
comme des amoureux survoltés
carnivores à l’odeur du sang
extatiques à l’odeur du sexe
carnage pas d’capottes

ça vas clancher ma belle
même le soleil vas pooler in
les ruines pis les dieux grecs vont se r’virer d’bord
à force qu’on est beaux
ça vas être rouge cochon
la terre vas trembler d’excitation
les pôles vont frencher dans un grand flash électrique
des régiments complets de wâbos se dressent
pour fêter un peu partout
la cavalerie vas r’soude
pis on vas s’enculer solide

le Vaisseau d’Or est pas mort
y flotte 20-30 pieds au dessus de la mêlée
y fly bien haut loin du champ des caméras
y distribue des clins d’œil à toute une procession de détraqués victorieux

Le Vaisseau d’Or est pas mort ma Belle

jeudi 4 décembre 2014

L'avalé du Lièvre

Notre-Dame-de-la-Salette qui chasse le Lièvre
et le Lièvre qui cout avec
pour rattraper la dam
pis la Rivière qui r'foule
par-ce que les McLaren
bin c'est des enfants d'chienne
y'a pas de débat à faire là-dessus

attention c'est un terrain glissant
Criss que oui on vas le dire
pis se le r'dire !!

pis la Yâble aura pas son train
et pis le monde non plus
qu'y crèvent dans la glissière
leur pays c'est la glaise
et pis c'est mes affaires
Masson à Mont-Laurier
leur pays s'est à moé

la Rivière à r'foule
pis on envoie l'armée
le monde est full amer
nous on est fous à'lier
on est des full pleins d'marde
mais aussi full plein d'cash
moé la valeur d'un arbre
c'est couché sous une hache

les moulins sont à moé
c'est des moulins à viande
si je peux pu les vendre
on f'ra du Lièvre haché

ÇA FAIT QU'ON VAS MANGER
DU IIÈVRE POUR SOUPER!!!

tra la li la la!!!
v'nez les enfants, Momy a faite du bon manger

vendredi 28 novembre 2014

Chanson d'amour

A 'l'avait toute pour elle
et pis un œil su' moé
d'la grâce pis d'la dentelle
du pouèle pas trop trimé
 
a m'dit comment tu t'appelle
mais c'est pas important
j'te vois dans mes étoiles
une passe dans l'firmament
 
assis toé là casseau
viens rider mon destin
j'te dis qu'té pas mal beau
è'c un tit-cœur d'in mains
 
a m'parle de mes yeux noirs
comme jamais pas parsonne
à veux jamais rien faire
pis moé bin ça m'adonne
 
j'te fais-tu des sandwichs
ou bin on criss not'e camp
c'est toé qui tire s'a switch
ou qui plug le courant
 
j'te mets un main dans l'dos
et pis ma joue dans l'cou
encore criss que t'é beau
t'a l'air d'un esti d'fou
 
ça fais qu'on est allé
ramasser des cailloux
après on s'est baigné
tous nus dans in bayou
 
on jappe après la lune
on couraille à tous 'é soirs
viens t'en icitte ma brune
que j'te contes des affaires

viens t'en icitte ma brune
viens t'en icitte ma brune
on vas jouer dans 'terre noir

viens t'en icitte ma brune
viens t'en icitte ma brune
que j'te montre mon tiroir

viens t'en icitte ma brune
viens t'en icitte ma brune
qu'on se splite l'univers

viens t'en icitte ma brune
viens t'en icitte ma brune

viens t'en icitte ma brune ...
 

jeudi 27 novembre 2014

phantasia iuventutis

November rain
Nothings else matters
Wind of change

slow
danse
Clube Optimiste

Sophie Brunette

dimanche 23 novembre 2014

Jane, en amont des Pleureuses - II

Jane était rentrée d’un pas vif et nerveux, mais son esprit était resté aux rapides. Les Pleureuses  … La conscience toujours un peu de travers, flottant au-dessus du réel, elle errât dans la légende, jusqu’à l’origine de ce nom. 

On raconte qu’il y a longtemps, vivait un jeune homme à la beauté et la vigueur taillée à même la vie boréale. Certains le disaient anishnaabe, mais ce détail, aussi peu certain qu’important, pourrait très bien avoir été ajouté en raison de l’exotisme du personnage et de son histoire. La légende ne ment pas. Ceci-dit, elle ne se laisse pas contraindre par l’arrogance de la vérité. Arrivé dans les environs tôt au printemps, le jeune homme s’était installé près des Rapides, disant qu’il en appréciait la voix. Comme il se contentait de réponses évasives lorsqu’on lui demandait son nom, il fallut quelques années à l’usage pour se fixer sur celui de Blèze. 

C’était bien avant la construction de la petite église de bois qui trônerait plus tard au milieu du village. On se réunissait à l’époque dans une petite chapelle aménagée sur la terre à Bélanger qui avait reçu la permission d’officier le dimanche entre les visites annuelles de l’Évêque de Bytown. Ce dernier entérinait en bloc les sacrements prononcés en l’absence d’un véritable curé. Blèze n’assistait jamais à ces célébrations. En contrepartie, il fréquentait assidument les veillées où les danses offraient des occasions de proximités forts convoitées. Ces veillées constituaient un véritable système de rituels parallèles où se braconnaient des espaces de libertés faisant contrepoids à la lourdeur de l’office officiel. Le choix ontologique de Blèze à la faveur des reels et au détriment de l’eucharistie n’était pas sans faire jaser. Mais la désapprobation n’était que de surface, puisqu’à peu près tout le monde appréciait la chaleur du jeune homme et certains, surtout parmi les jeunes filles, lui enviait sa désinvolture.

Blèze aimait entretenir cette distance en équilibre fragile entre la chaleur et le respect. Cependant, il lui arrivait parfois de prendre un peu de liberté au risque de bousculer, volontairement, les règles de ce jeu délicat. Un jour que l’Évêque en personne officiait, on entendit un reel de violon, jusqu’alors inconnu et aussi endiablé qu’inapproprié, venir faire violence à l’homélie qui, justement, mettait en garde contre le manque d’assiduité dans la fréquentation de l’Église. Furieux, l’Évêque quittât l’hôtel pour se précipiter à la porte qu’il ouvrit avec un fracas qu’il voulait chargé d’autorité. S’il réussit à arracher un sourire chez quelques rares jeunes parmi les plus mal entêtés, le spectacle qu’offrait Blèze généra un sentiment qui dépassait le malaise. Ivre mort, le jeune homme jouait frénétiquement en dansant autour d’une brebis égorgée dont la gueule était négligemment flaquée d’une bouteille d’eau de vie. L’Évêque traduisit et couvrit en même temps la peur de l’assemblée par un cri auquel répondit Blèze fort étrangement. Il cessât de jouer et de danser. Immobile, il fixait l’Évêque en s’inclinant lentement sans le quitter de ses grands yeux noirs. La scène s’étirait et quelques-uns se rassuraient à l’idée réconfortante de voir le jeune homme s’incliner ainsi. Or, à ras le sol, Blèze arrachât la bouteille de la gueule de la brebis pour la porter à la sienne et, se redressant raide comme une barre, fini de la vider d’un trait avant de reprendre son étrange spectacle. On refermât prestement la porte derrière laquelle se postèrent nerveusement Bélanger et son aide de champs. L’Évêque condamnât la scène avec une telle violence que les gens marquèrent l’ampleur de l’événement de la seule façon digne de la créativité des mœurs vernaculaires : le Reel de l’Excommunié venait de naître.

À suivre...

dimanche 16 novembre 2014

Jane, en amont des Pleureuses - I

Jane vivait un peu en retrait, près de la Grande Rivière, juste en amont des Rapides des Pleureuses. Ce jour-là, elle était particulièrement de bonne humeur, à tel point qu’en milieu de matinée, elle avait défait le deuxième bouton du haut de sa blouse d’ouvrage. Liberté qu’elle s’offrait à elle-même puisque personne n’était là pour en apprécier la promesse. C’était une amoureuse, une amoureuse quelque peu malmenée qui résistait joyeusement de tout son être et dans tout son rapport au monde. 

Elle aimait la fraîcheur de l’automne, surtout la sérénité qui s’installait après la frénésie de l’été. Bientôt, la démesure boréale allait mettre sa robe blanche pour une nuit de noce de six mois. Elle appréciait les tâches tranquilles de cette période, parmi lesquels celle de « finir son séchage ». Jane connaissait les plantes, leurs vertus nutritives, aromatiques et médicinales. Des Pâques à la Toussaints, elle en accumulait de grandes quantités qu’elle avait maintenant tout le loisir de finir de préparer, classer et entreposer. Bien qu’il ne fût pas rare que l’on aille la consulter, l’usage était de la redouter. 

Son mari parti au campe, elle passerait l’hiver à chauffer le poêle, s’occuper des enfants, des animaux, à reprendre le dessus sur sa couture et à s’offrir quelques veillées au vin de bleuets. Le vin de bleuets faisait partie de ces choses qu’elle pouvait savourer pleinement à l’occasion de sa quasi solitude hivernale. Son mari ne lui interdisait pas, mais même tue, sa désapprobation sans conviction empesantissait l’atmosphère et gâchait mollement le plaisir d’un petit verre à la brunante. Elle ne le haïssait pas activement, pas plus qu’il ne s’activait à se faire haïr, mais elle ne l’aimait pas passionnément, pas plus qu’il ne se passionnait pour grand chose. Il n’était ni méchant, ni intéressant. Il était simplement là, ou pas, et détonnait, quand il y était, avec la vigueur de Jane.

Déjà à 35 ans, rien qu’en ramassant des racines et des champignons, elle faisait parler d’elle, même si peu de gens lui parlait. Ce qui se préparait allait la propulser pour de bon dans la légende.

C’était un de ces beau jour de lumière de janvier quand l’or du soleil se dépose en petites goutes sur la neige éclatante, comme une explosion tranquille de bleu, blanc, jaune et de silence. Ce silence d’hiver ensoleillé qu’elle aimait tant. Bien évidemment, les oiseaux et les insectes préfèrent chanter quand il fait chaud, mais il y avait autre chose. Quelque chose que Jane ne s’expliquait pas complètement. Sûrement la neige. Soit elle absorbait les sons qui devenaient plus moelleux, plus enrobant, soit elle calmait le regard au point de permettre d’être attentif… autrement, plus … densément. Jane faisait le tour de sa ligne de collets. Évidemment, qui a la finesse de savoir récolter les plantes a celle de savoir récolter bien d’autres choses. Elle en était à son troisième pécan quand les Rapides des Pleureuses commencèrent à s’annoncer par leur bruit d’humidité qui s’exclame. Elle pressa légèrement le pas, toujours heureuse de s’y reposer en mangeant, bercée par l’incessant chant de force des rapides.

Elle y terminait sa beurrée à la mélasse quand un mouvement inhabituel attirât son regard du côté des rapides. Elle était stupéfaite. Un jeune homme se tenait sur une roche dépassant à peine l’écume des rapides, comme flottant au milieu de ceux-ci. Faisant dos à Jane, le jeune homme était nu, musculairement et tendrement nu. Il tournât la tête et ses beaux grands yeux noirs, profonds comme l’origine du monde, fixèrent ceux de Jane pendant un instant infime qui s’éternisât le temps de foudroyer la jeune femme. Avec grâce et agilité, il s’élança en un improbable plongeon dans l’eau aussi glacée que tumultueuse. 

Jane était doublement choquée. D’abord sous le choc du troublant spectacle d’un jeune homme qui plonge joyeusement vers une mort certaine. C’était impossible, mais elle savait ce qu’elle avait vu. Choquée aussi par le sentiment qui l’habitait, suspendue qu’elle était par l’érotisme de la scène. Tant de vie négligemment consommée sans prix, entre la bravade et la jouissance.  La chaleur de ce corps nu plongeant dans l’humidité de cette force glaciale créait des remous jusqu’au plus profond de son ventre. Comme si elle avait plongé avec lui. Elle aurait voulue plonger avec lui dans l’eau des Pleureuses.

À suivre...